Ubuntu 25.04 « Plucky Puffin » : une version intermédiaire ambitieuse, décisive dans la stratégie d’Ubuntu

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Le 17 avril 2025, Canonical a officiellement publié Ubuntu 25.04, version intermédiaire surnommée « Plucky Puffin » — le Macareux Courageux. Fidèle à la tradition des Short Term Releases (STR), cette édition semestrielle bénéficie d’un support de 9 mois seulement. Pourtant, sa portée dépasse largement ce court cycle de vie. Ubuntu 25.04 constitue bien plus qu’une simple mise à jour technique : c’est un terrain d’expérimentation grandeur nature pour les innovations qui façonneront l’écosystème Ubuntu dans les années à venir.

Dans cette édition, Canonical propose un condensé de nouveautés : environnement GNOME 48 profondément repensé, noyau Linux 6.14 dernier cri, transition vers l’infrastructure Dracut pour le boot, meilleure intégration ARM64 avec une ISO unifiée, premières itérations de Devpacks pour les développeurs, et un engagement renforcé sur l’accessibilité et la sécurité. Avec une telle densité d’améliorations, Ubuntu 25.04 est bien plus qu’un intermédiaire technique : c’est un jalon stratégique vers la prochaine LTS, Ubuntu 26.04, prévue pour avril 2026.

Les STR, par nature, ne visent pas les utilisateurs recherchant une stabilité pérenne. Mais pour les contributeurs, développeurs, testeurs et early adopters, ces versions sont un terrain fertile. Elles offrent l’opportunité de tester en conditions réelles des technologies de rupture et de contribuer activement à la trajectoire future de la distribution. Et Ubuntu 25.04 se positionne sans conteste comme l’une des STR les plus ambitieuses jamais publiées.

Les STR : laboratoires vivants au cœur du cycle Ubuntu

Ubuntu 25.04 appartient à la catégorie des versions STR (Short Term Release), qui sont publiées tous les six mois et bénéficient d’un support officiel limité à 9 mois. Contrairement aux LTS (Long Term Support), soutenues pendant cinq à dix ans, les STR jouent un rôle bien distinct dans la stratégie de Canonical : elles sont les champs d’expérimentation de l’écosystème Ubuntu.

Ces versions servent de bancs d’essai pour de nouvelles fonctionnalités, des transitions techniques profondes et des ajustements d’infrastructure qui ne seraient pas introduits d’emblée dans une LTS. C’est dans les STR que Canonical peut prendre des risques : tester un nouveau générateur d’initramfs, modifier l’installeur, basculer sur une nouvelle architecture matérielle par défaut, ou encore introduire des outils expérimentaux comme les Devpacks.

Avec Ubuntu 25.04, cette approche atteint un niveau inédit. Canonical pousse les curseurs très loin : support HDR natif dans GNOME, intégration de Dracut comme outil d’amorçage alternatif, passage à Papers comme lecteur PDF par défaut, refonte de la chaîne d’authentification cloud et déploiement de services d’entreprise avancés… tout cela dans une version à durée de vie courte, mais dense en ruptures technologiques.

Une galaxie de variantes pour tous les usages

Outre l’édition principale Ubuntu Desktop, Ubuntu 25.04 est disponible en une large palette de variantes officielles, toutes alignées sur la base technique commune de cette version. Chacune propose une expérience utilisateur différente, tout en bénéficiant du noyau Linux 6.14 et des améliorations système globales. Voici les principales :

  • Kubuntu 25.04 : KDE Plasma 6.3, Wayland activé par défaut, Qt 6.8 et KDE Gear 24.12.
  • Xubuntu 25.04 : Xfce 4.20, fidèle à X11, avec des ajustements sur la légèreté et la compatibilité matérielle.
  • Lubuntu 25.04 : LXQt (version récente), migration vers Qt 6.8.3 et travail sur l’optimisation de l’installation minimale.
  • Ubuntu MATE 25.04 : célébration des 10 ans de la variante, interface classique et fiable, améliorations subtiles mais solides.
  • Ubuntu Studio 25.04 : plateforme de création multimédia, Plasma 6, PipeWire 1.2.7, outils audio/vidéo à jour.
  • Ubuntu Budgie / Cinnamon / Unity / Kylin / Edubuntu : versions orientées grand public, éducation ou culture asiatique, avec leurs particularités visuelles et logicielles.

Canonical parvient à fédérer ces projets annexes autour d’un socle technique homogène tout en leur laissant la liberté d’évoluer selon leurs propres cycles. Ubuntu ne se limite plus à une distribution Linux, c’est un véritable écosystème diversifié, cohérent et interopérable.

GNOME 48 : Ubuntu affine sa vision du bureau moderne

Ubuntu 25.04 intègre la version 48 de GNOME, nommée « Bengaluru », en hommage à la capitale technologique de l’Inde. Cette itération marque une nouvelle étape dans l’évolution de l’environnement de bureau phare du monde GNU/Linux. Canonical y a contribué activement, notamment en amont, et en profite pour affirmer sa vision d’un poste de travail à la fois fluide, cohérent, moderne… et respectueux des ressources matérielles.

Triple Buffering : vers une fluidité native

C’est l’un des chantiers les plus visibles : le fameux triple buffering est désormais activé par défaut dans Mutter (le compositeur de GNOME). Canonical, qui portait ce patch depuis plusieurs années, a enfin vu ses efforts intégrés dans le tronc principal du projet. Le gain est perceptible dès le démarrage : les animations sont plus soyeuses, le défilement plus naturel, et les artefacts visuels (déchirement, saccades) sont quasi absents, même sur du matériel modeste ou ancien.

Ce mécanisme améliore aussi le ressenti général sous Wayland, notamment pour les utilisateurs d’écrans à haute fréquence ou dotés de GPU intégrés.

HDR, bien-être numérique et autonomie : GNOME se responsabilise

Autre grande nouveauté : le support HDR natif. Si votre écran le permet, vous pourrez activer une plage dynamique plus étendue dans les paramètres. L’implémentation reste perfectible (les contrôles de luminosité classiques ne sont pas encore tous compatibles), mais c’est un premier pas vers un support multimédia haut de gamme sous Linux.

L’arrivée du panneau Bien-être (Wellbeing) dans les paramètres GNOME est une surprise bienvenue. Inspiré des systèmes mobiles et macOS, il propose :

  • un suivi du temps d’utilisation quotidien,
  • la possibilité de définir une limite horaire journalière,
  • des rappels réguliers de pause,
  • et un mode « noir et blanc » qui s’active après une certaine durée pour reposer les yeux.

À cela s’ajoute un mode Préserver la santé de la batterie, qui permet de configurer des seuils de charge via UPower, utile pour les ordinateurs portables branchés souvent.

Notifications empilées, scanner QR et autres raffinements

GNOME 48 soigne également les détails :

  • Les notifications sont désormais regroupées par application, dans des piles repliables.
  • L’application Appareil Photo peut maintenant scanner les QR codes.
  • Le gnome-text-editor gagne une barre d’en-tête épurée.
  • Nautilus affiche les dossiers jusqu’à cinq fois plus rapidement.
  • Le réglage du rétroéclairage du clavier est désormais accessible depuis le menu rapide.

Enfin, Ubuntu profite de cette version pour remplacer Evince par Papers, un lecteur de documents PDF plus moderne, bâti sur GTK4 et Libadwaita. Bien que fonctionnel, Papers souffre encore de quelques absences (vue miniature, historique, signature de documents, support lecteur d’écran) et reste un projet en incubation. Canonical anticipe ici un changement à venir dans GNOME 49.

Yaru, cohérence visuelle et peaufinage de l’interface

Avec Ubuntu 25.04, Canonical poursuit l’amélioration progressive de son identité visuelle. Le thème Yaru, adopté depuis plusieurs années, continue d’évoluer pour mieux s’adapter aux transitions technologiques en cours, notamment le passage généralisé à GTK4 et Libadwaita, les nouvelles bibliothèques graphiques du projet GNOME.

Ajustements esthétiques discrets mais significatifs

Plutôt qu’un bouleversement visuel, Ubuntu 25.04 introduit des retouches ciblées, qui renforcent la cohérence graphique et l’homogénéité de l’environnement de bureau :

  • Les proportions des icônes ont été revues pour éviter les éléments trop petits ou trop grands dans certaines applications Libadwaita.
  • Le contraste global du thème a été amélioré, facilitant la lisibilité dans les environnements peu lumineux.
  • De nouvelles polices système sont déployées dans certaines variantes GNOME (paramétrables pour les utilisateurs avancés).
  • L’icône de l’outil Sysprof (profilage système) a été redessinée pour un look plus moderne, abandonnant l’ancien design inspiré d’un chronomètre.

Ces ajustements, bien que subtils, contribuent à une expérience plus polie, plus professionnelle et plus respectueuse des standards d’accessibilité.

Une galerie d’arrière-plans communautaires

Comme le veut la tradition, Ubuntu 25.04 propose un nouveau fond d’écran officiel inspiré de son animal totem : le macareux moine. Coloré, stylisé et apaisant, ce visuel s’accompagne d’une galerie d’arrière-plans communautaires, sélectionnés à l’issue d’un concours participatif. Cette démarche renforce l’engagement de Canonical envers la communauté artistique de l’univers libre.

Vers une ergonomie plus intuitive

L’équipe Ubuntu a également affiné certains comportements de l’interface, pour améliorer l’expérience au quotidien :

  • La gestion des notifications, repensée avec le système de piles, est bien mieux maîtrisée dans un cadre de travail multitâche.
  • Le réglage du rétroéclairage clavier, souvent relégué à des applications tierces ou aux réglages BIOS, est désormais disponible dans les paramètres rapides.
  • Certains dialogues système adoptent une présentation plus épurée grâce aux nouvelles conventions GNOME, notamment lors de la connexion de périphériques ou d’un casque audio.

En cumulant ces améliorations, Ubuntu 25.04 offre une expérience utilisateur plus élégante, plus fluide, et mieux intégrée aux standards modernes du desktop libre.

Sous le capot : Dracut, géolocalisation alternative et accessibilité renforcée

Si Ubuntu 25.04 impressionne par ses nouveautés visibles, elle marque aussi un tournant discret mais fondamental dans l’architecture technique de la distribution. Canonical y introduit plusieurs changements systémiques qui, sans être immédiatement perceptibles à l’écran, modifient profondément la manière dont Ubuntu démarre, interagit avec les services en ligne, et se rend accessible à tous.

Dracut : vers un boot plus flexible et moderne

Traditionnellement, Ubuntu utilise initramfs-tools pour générer l’environnement de démarrage initial (initramfs), c’est-à-dire l’ensemble minimal de pilotes et de scripts nécessaires pour amorcer le système avant le chargement complet du noyau. Dans Ubuntu 25.04, Canonical introduit en parallèle Dracut, un framework d’initramfs déjà utilisé par Fedora, RHEL ou openSUSE.

Dracut présente plusieurs avantages :

  • Une architecture modulaire, où chaque fonctionnalité (RAID, LVM, cryptage, etc.) est un module activable ou non.
  • Des temps de génération et de démarrage potentiellement plus courts sur certains systèmes.
  • Une meilleure intégration avec les outils modernes de configuration système (comme systemd).

Pour l’instant, Dracut est optionnel, mais Canonical envisage de le rendre par défaut dès Ubuntu 25.10 (octobre 2025), ce qui permet aux utilisateurs avancés et aux développeurs de le tester dès maintenant dans un contexte réel.

Géolocalisation : de Mozilla à BeaconDB

Autre changement majeur en arrière-plan : le passage du Mozilla Location Service (MLS) à BeaconDB pour la géolocalisation. Suite à la fermeture du service MLS, Ubuntu a dû réagir rapidement pour maintenir les fonctionnalités qui dépendent de la position géographique de l’utilisateur, telles que :

  • La détection automatique du fuseau horaire,
  • La configuration de la lumière nocturne (Night Light),
  • Les applications météo ou de localisation.

BeaconDB est un projet open source basé sur le crowdsourcing. Il repose sur la collecte anonyme de données Wi-Fi et cellulaire pour estimer la position d’un appareil sans GPS. Bien qu’encore jeune, il représente une alternative libre crédible aux services propriétaires de Google ou Apple.

Canonical reconnaît que la précision de BeaconDB varie selon les régions, et ne le recommande pas pour des usages critiques comme la cartographie GNOME Maps. Mais pour les cas d’usage courants d’un poste de travail, son intégration est jugée suffisante.

Accessibilité : une priorité technique et éthique

Dans Ubuntu 25.04, Canonical renforce son engagement pour une accessibilité universelle :

  • Audit externe réalisé pendant le cycle de développement,
  • Amélioration de la navigation au clavier, notamment dans les applications GNOME récentes,
  • Meilleur support des lecteurs d’écran (Orca notamment),
  • Contrastes renforcés et thèmes optimisés pour les personnes malvoyantes,
  • Alignement progressif avec les normes du European Accessibility Act (EAA).

Ces avancées répondent non seulement à une exigence de conformité légale pour les déploiements publics en Europe, mais surtout à une volonté inclusive de faire du bureau Ubuntu un espace utilisable par toutes et tous, quelle que soit leur condition.

Linux 6.14 : un noyau robuste, moderne et optimisé pour les usages actuels

Ubuntu 25.04 embarque le tout nouveau noyau Linux 6.14, une version fraîchement finalisée qui illustre bien l’approche de Canonical pour les STR : adopter très tôt les dernières technologies du noyau afin de maximiser la compatibilité matérielle, explorer les nouvelles fonctionnalités et identifier les éventuelles régressions avant leur diffusion dans une LTS.

Des fonctionnalités puissantes et ciblées

Parmi les nombreuses améliorations de Linux 6.14, certaines se démarquent particulièrement par leur impact sur les performances, la compatibilité ou l’extensibilité du système :

  • sched_ext : ce nouveau cadre d’ordonnancement permet aux développeurs d’implémenter leurs propres politiques CPU en eBPF, ouvrant la voie à des ordonnanceurs dynamiques, adaptatifs, voire spécifiques à certaines charges de travail (jeux, IA, virtualisation).
  • NTSYNC : émule les primitives de synchronisation de Windows NT (comme NtWaitForSingleObject) afin d’améliorer considérablement les performances des applications Windows exécutées sous Wine ou Proton. Cela se traduit par des latences réduites et une stabilité accrue dans les jeux exécutés via Steam Play.
  • Support matériel élargi :
    • Améliorations sur les GPU Intel Arc Xe2 et AMD RDNA4,
    • Support de nouvelles architectures ARM64 (Snapdragon, Ampere),
    • Détection et gestion des NPU AMD XDNA (accélérateurs IA matériels),
    • Compatibilité accrue avec les architectures RISC-V, IBM Z et POWER.
  • Découplage des outils perf/bpf : les outils de traçage système bpftool et perf sont désormais distribués indépendamment du noyau lui-même, facilitant leur maintenance et leur usage dans des environnements conteneurisés ou multi-noyaux.
  • Améliorations énergétiques : le pilote AMD P-State gagne en maturité, réduisant la consommation électrique sur les processeurs récents tout en conservant de hautes performances en pointe.

Benchmarks : des gains concrets dans le monde réel

Les tests réalisés par le site spécialisé Phoronix sur la version bêta d’Ubuntu 25.04 ont permis de constater des gains mesurables dans de nombreux scénarios :

  • Sur un poste de travail AMD Ryzen 9 9900X3D + Radeon 7900 XTX :
    • +3 % de performance moyenne sur plus de 120 benchmarks variés (Python, Java, compression, rendu).
    • Amélioration notable sur les scripts Python grâce à Python 3.13.
    • Baisse légère de la consommation CPU en charge moyenne.
  • Sur une infrastructure serveur AMD EPYC 9005 « Turin » :
    • +14 % de performance par rapport à Ubuntu 24.04 LTS, sur des charges Java, base de données, virtualisation.
  • Sur les GPU Intel de dernière génération :
    • Accélération matérielle AV1 et ray tracing nettement améliorées.
    • Meilleur support dans Blender, OBS Studio, FFMPEG.

Ces chiffres confirment que Linux 6.14 n’apporte pas seulement des capacités théoriques : il se traduit aussi par une expérience utilisateur plus réactive, plus efficiente, et plus compatible avec les matériels les plus récents.

Wayland par défaut : l’affichage Linux entre enfin dans l’ère moderne

Depuis plusieurs cycles, Canonical pousse l’adoption de Wayland comme serveur d’affichage par défaut, et Ubuntu 25.04 ne fait pas exception. La session Wayland est activée par défaut pour la quasi-totalité des utilisateurs, y compris ceux équipés de cartes graphiques NVIDIA utilisant les pilotes propriétaires. Ce choix illustre la confiance croissante de Canonical envers la maturité du protocole Wayland et l’évolution rapide de ses composants essentiels (Mutter, Mesa, PipeWire, etc.).

Performances : plus de fluidité, moins de tearing, meilleure latence

Les avantages de Wayland ne sont plus théoriques :

  • Absence de tearing sans avoir à activer de synchronisation forcée comme le V-Sync dans X11.
  • Latence réduite sur les interactions clavier/souris, bénéfique pour les usages interactifs et le jeu.
  • Rendu plus propre sur les écrans à taux de rafraîchissement élevé (>60Hz).
  • Moins d’artefacts visuels dans les animations GNOME, notamment depuis l’introduction du triple buffering.

Les benchmarks réalisés par Phoronix et les retours utilisateurs confirment que, dans de nombreux cas, Wayland propose une meilleure expérience que X11, y compris pour les joueurs ou les créateurs de contenu.

Cas particuliers et limitations persistantes

Malgré ces avancées, tout n’est pas encore parfait. Les utilisateurs de configurations complexes, en particulier avec des GPU NVIDIA et des systèmes hybrides (Intel iGPU + NVIDIA dGPU), peuvent rencontrer les problèmes suivants :

  • Baisse significative des FPS sur des configurations multi-écrans.
  • VRR (Variable Refresh Rate) qui ne fonctionne que sur un seul écran à la fois.
  • Saccades intermittentes lors du déplacement de fenêtres ou du lancement d’applications gourmandes.
  • Problèmes persistants avec XWayland, la couche de compatibilité pour les applications X11 : certaines applications anciennes (Steam, GIMP, OBS, etc.) peuvent mal se comporter si les pilotes NVIDIA ne sont pas à jour.

Certaines solutions temporaires ou contournements sont documentés, comme l’utilisation de la capture d’écran pour rétablir les performances ou la désactivation du firmware GSP de NVIDIA. Mais ces pratiques ne sont pas idéales pour le grand public.

Canonical indique suivre de près l’évolution des pilotes NVIDIA et de Mutter, avec pour objectif de résoudre la majorité de ces problèmes avant la sortie d’Ubuntu 26.04 LTS.

X11 toujours disponible en option

Par souci de compatibilité, Ubuntu maintient la possibilité de lancer une session X11 depuis l’écran de connexion (GDM). Ce choix reste utile pour :

  • Certains outils de production (tablettes graphiques, logiciels propriétaires),
  • Les configurations matérielles exotiques ou anciennes,
  • Les environnements professionnels dépendants de solutions legacy.

Un installeur plus intelligent, plus accessible et mieux armé pour les cas complexes

L’installeur Ubuntu, introduit avec la 23.04 et désormais basé sur Flutter (pour l’interface) et Subiquity (comme moteur en ligne de commande), poursuit sa transformation. Avec Ubuntu 25.04, il gagne en maturité, en fiabilité et en flexibilité, en s’attaquant notamment à deux points historiquement épineux : la gestion du dual-boot avec Windows (et BitLocker), et le chiffrement intégral de disque.

Dual-boot avec Windows BitLocker : une avancée cruciale

Sur la majorité des ordinateurs portables récents préinstallés avec Windows 11, le chiffrement de disque BitLocker est activé par défaut. Jusqu’à récemment, cela pouvait rendre l’installation parallèle d’Ubuntu complexe, voire impossible sans désactiver le chiffrement manuellement.

Ubuntu 25.04 change la donne :

  • L’installeur détecte désormais les partitions BitLocker de manière non intrusive,
  • Il affiche des messages explicites indiquant si l’installation est possible sans toucher à ces partitions,
  • Il autorise l’installation d’Ubuntu sur une partition distincte, même si le disque contient une partition chiffrée (tant que l’espace libre est suffisant),
  • Il évite les messages d’erreur ambigus ou les blocages inexpliqués.

Cela ouvre la voie à un dual-boot bien plus fluide, surtout pour les nouveaux venus dans le monde Linux, qui hésitaient à franchir le pas à cause de cette friction.

Réinstallation facilitée et gestion du chiffrement avancé

Autres nouveautés de l’installeur Ubuntu 25.04 :

  • Une option permet désormais de réinstaller Ubuntu proprement sur une ancienne partition Ubuntu, sans avoir à passer par un partitionnement manuel.
  • Le chiffrement de disque via LUKS est mieux exposé, y compris dans les scénarios dual-boot.
  • Canonical travaille à intégrer une prise en charge du TPM (Trusted Platform Module) comme backend pour le chiffrement (stockage de la clé dans la puce), notamment pour les machines dotées de pilotes NVIDIA.
  • Des options expérimentales de gestion des codes PIN et mots de passe pour le chiffrement sont testées via le nouveau Centre de sécurité de GNOME.

Ces évolutions positionnent Ubuntu comme une distribution capable de proposer une expérience d’installation plus moderne, sécurisée et accessible, à l’image des systèmes grand public contemporains.

Déploiement automatisé et Landscape

Pour les professionnels et administrateurs systèmes, l’installeur 25.04 intègre une nouvelle fonctionnalité : il peut se connecter à Landscape, la plateforme de gestion de parc de Canonical, pour récupérer des profils d’installation prédéfinis.

Cela permet notamment de :

  • Déployer rapidement des configurations standardisées sur des centaines de machines,
  • Appliquer des politiques de sécurité dès l’installation,
  • Gagner du temps sur les installations manuelles dans les entreprises ou les administrations.

Un support matériel étendu, taillé pour l’avenir

Ubuntu 25.04 n’est pas seulement une version intermédiaire ambitieuse sur le plan logiciel : c’est aussi une version qui élargit considérablement le spectre des architectures et matériels pris en charge. Canonical multiplie les efforts pour s’assurer que sa distribution reste pertinente dans un monde où l’hégémonie du x86_64 est progressivement remise en question, et où l’IA, l’embarqué et les plateformes basse consommation prennent une place croissante.

ISO ARM64 unifiée : Ubuntu veut s’imposer sur le desktop ARM

Grande nouveauté : Ubuntu 25.04 propose pour la première fois une image ISO unifiée officielle pour ARM64 Desktop. Cela représente une étape importante dans la stratégie de Canonical de faire d’Ubuntu le système de référence pour les PC ARM.

Cette image est compatible avec :

  • Les machines virtuelles ARM64 (QEMU, Parallels, etc.),
  • Les plateformes ACPI/UEFI génériques,
  • Les ordinateurs portables Windows on ARM,
  • Et surtout : les nouvelles machines Snapdragon X Elite et les Copilot+ AI PCs annoncés par plusieurs constructeurs (Lenovo, HP, Asus…).

Le support de ces machines est encore qualifié d’expérimental, mais il progresse rapidement, notamment via la collaboration entre Canonical, Qualcomm et les communautés amont (U-Boot, EDK2, ACPI Linux).

GPU récents : prise en charge proactive d’Intel Arc, AMD RDNA4 et ray tracing

Côté GPU, Ubuntu 25.04 fait un bond en avant :

  • Intel Arc Xe2 et les futurs Battlemage sont supportés nativement, y compris l’accélération vidéo (AV1, HEVC, etc.) et le ray tracing avec Intel Embree dans Blender.
  • Les pilotes AMDGPU intègrent les derniers correctifs pour RDNA4, utilisés notamment sur les Radeon RX 8000.
  • Le support du ray tracing CPU + GPU est optimisé dans Blender ≥ 4.2, avec des gains de 20 à 30 %.

Cela positionne Ubuntu comme une plateforme sérieuse pour les créateurs de contenu, développeurs 3D et gamers sous Proton/Steam, surtout sur du matériel de dernière génération.

Raspberry Pi : intégration IA, caméras et configuration améliorée

La plateforme Raspberry Pi, toujours très populaire, bénéficie d’un soin particulier dans Ubuntu 25.04 :

  • Utilisation de libcamera 0.4 et de libpisp pour le support natif des caméras.
  • Intégration du setup initial GNOME (gnome-initial-setup).
  • Support de cloud-init pour les déploiements automatisés.
  • Inclusion de raspi-utils et de nbd-client.
  • Prise en charge de la caméra IA officielle du Raspberry Pi, avec post-traitement CNN matériel.

Cette orientation marque l’intérêt croissant de Canonical pour les usages edge computing, IA embarquée, robotique et éducation.

RISC-V : Ubuntu se place en acteur de référence

L’architecture RISC-V, open source et en plein essor, est désormais officiellement soutenue dans Ubuntu 25.04 :

  • Image unique pour toutes les cartes JH7110 (StarFive VisionFive 2, Pine64 Star64, etc.).
  • Support officiel de la carte OrangePi RV2 (8 Go).
  • Intégration de RISC-V dans les tests automatiques (autopkgtest) de la distribution.
  • Ajout du support riscv64 dans plusieurs métapaquets (ex : xubuntu-meta).

Ce soutien technique massif fait d’Ubuntu l’une des rares distributions à proposer une expérience RISC-V stable, à jour, et maintenue à grande échelle.

Architectures serveur : IBM Z, POWER, NPU, IA

En parallèle, Ubuntu 25.04 continue d’être une référence sur les plateformes serveurs spécialisées :

  • IBM Z et POWER reçoivent des mises à jour spécifiques (cryptographie, Secure Boot, etc.).
  • Le noyau prend en charge les NPU AMD XDNA pour les traitements IA accélérés.
  • Les plateformes cloud (AWS Graviton, Ampere, etc.) bénéficient des dernières optimisations ARM64.

Variantes officielles : une galaxie d’environnements de bureau à jour

Ubuntu 25.04 n’est pas un monolithe. Canonical coordonne et soutient un large éventail de saveurs officielles (flavours), qui bénéficient toutes du même socle technique : noyau Linux 6.14, chaînes d’outils identiques, installeur mis à jour, et accès aux mêmes dépôts logiciels. Chacune de ces variantes propose cependant un environnement graphique distinct, une sélection logicielle différente, et des priorités d’ergonomie propres à leur communauté.

Voici un tour d’horizon détaillé des principales variantes d’Ubuntu 25.04 :

Kubuntu 25.04 : Plasma 6 devient la norme

Kubuntu est l’une des variantes les plus populaires et bascule enfin sur KDE Plasma 6.3, la première série majeure de Plasma 6, utilisant Qt 6.8 comme base graphique :

  • Design modernisé avec une interface plus épurée.
  • Prise en charge native de Wayland activée par défaut, via le gestionnaire de session SDDM.
  • Mises à jour de KDE Gear 24.12 et des frameworks KDE 6.12.
  • Firefox 137 et LibreOffice 25.2 en Snap.
  • Quelques limitations sur l’installeur Calamares (notamment en dual-boot).

Plasma 6 apporte une fluidité nouvelle et des performances accrues, tout en restant personnalisable à souhait.

Xubuntu 25.04 : Xfce 4.20 toujours fidèle à X11

Xubuntu vise la légèreté et la sobriété. Cette version reste sur Xfce 4.20, sans proposer encore de session Wayland (jugée immature pour Xfce) :

  • Interface classique et ultra-réactive.
  • Nouveau raccourci clavier Super configurable pour le menu.
  • GIMP 3.0, prise en charge des formats d’image modernes (AVIF, HEIC, WEBP…).
  • OpenVPN ajouté aux options réseau.
  • Patch pour éviter les crashs dans les machines virtuelles avec Xorg.

C’est un excellent choix pour les ordinateurs plus anciens ou pour ceux qui recherchent un environnement familier et stable.

Lubuntu 25.04 : LXQt et minimalisme moderne

Lubuntu, centré sur LXQt, évolue tout en restant fidèle à sa promesse de légèreté :

  • Migration vers Qt 6.8.3.
  • Installeur Calamares amélioré, avec des options d’installation minimale plus rapides.
  • Téléchargements delta pour les Snaps, accélérant l’installation.
  • Passage prévu à Wayland pour 25.10.
  • Accessibilité en cours d’amélioration.

Le projet envisage de remplacer VLC si la version Qt6 tarde à sortir, afin de supprimer Qt5 de l’ISO d’ici la LTS.

Ubuntu MATE 25.04 : 10 ans de classicisme assumé

Ubuntu MATE célèbre ses 10 ans comme variante officielle avec une version stable, fiable et élégante :

  • Bureau MATE à jour, avec ses améliorations progressives.
  • Firefox, Evolution, LibreOffice inclus par défaut.
  • Bénéficie des améliorations système d’Ubuntu (BitLocker, partitionnement, etc.).

Une option solide pour ceux qui apprécient l’ergonomie classique de GNOME 2, modernisée.

Ubuntu Studio 25.04 : création multimédia et audio professionnelle

Ubuntu Studio est la distribution de référence pour les créateurs de contenu sous Linux :

  • Environnement KDE Plasma 6.3 (identique à Kubuntu).
  • PipeWire 1.2.7 pour l’audio, avec compatibilité JACK intégrée.
  • GIMP 3.0, Blender 4.3, Krita 5.2.9, Pencil2D, KDEnlive 24.12, etc.
  • Plugins audio Invada Studio et v4l2loopback pour la vidéo.
  • Snap Freeshow 1.3.9 pour les présentations multimédia.

La session par défaut utilise JACK configuré, mais peut basculer vers JACK2 pur via l’outil Ubuntu Studio Audio Configuration.

Budgie, Cinnamon, Unity, Kylin, Edubuntu

  • Ubuntu Budgie : Budgie 10.10.1, thème Pocillo rafraîchi, menu configurable, test de session Wayland via PPA.
  • Ubuntu Cinnamon : mise à jour de Cinnamon 5.8, améliorations de stabilité.
  • Ubuntu Unity : interface Unity modernisée, toujours propulsée par Calamares.
  • Ubuntu Kylin : interface adaptée au marché chinois, traduction complète, optimisations spécifiques.
  • Edubuntu : distribution éducative intégrée, avec de nombreux logiciels pédagogiques.

Un environnement de développement moderne et modulaire

Ubuntu 25.04 continue de consolider sa position comme plateforme de choix pour les développeurs, que ce soit pour le développement web, logiciel, embarqué, IA ou cloud. Cette version propose des outils récents, performants et bien intégrés, tout en innovant avec une nouvelle génération de paquets modulaires : les Devpacks.

Chaînes d’outils à jour : performance et compatibilité

Voici les versions clés des outils de compilation et langages inclus dans Ubuntu 25.04 :

  • GCC 14.2 : toujours le compilateur C/C++ par défaut, fiable et largement testé. La préversion de GCC 15 est disponible dans les dépôts pour les tests anticipés.
  • Python 3.13 : cette version apporte des gains de performance significatifs, notamment sur les scripts intensifs en calcul ou en entrées/sorties.
  • LLVM/Clang 20 : utilisé dans plusieurs sous-systèmes et apprécié pour sa rapidité et ses outils de diagnostic.
  • Rust 1.84 : en pleine montée en puissance dans l’écosystème Linux, Rust est aussi utilisé pour réécrire des composants système (comme le shell fish en version 4).
  • Go 1.24 : très utilisé pour le cloud natif et les outils réseau.
  • OpenJDK 21 (par défaut), OpenJDK 24 (version GA) et OpenJDK 25 (early access) sont tous disponibles.
  • .NET 8 (LTS) et .NET 9 : proposés via Snap, avec un plugin Snapcraft .NET amélioré pour la création d’applications .NET isolées.

Les bibliothèques système comme glibc 2.41 et GNU Binutils 2.44 sont également à jour, assurant la compatibilité avec les dernières normes POSIX et les projets modernes.

Les Devpacks Snap : environnements prêts à coder

Canonical inaugure dans Ubuntu 25.04 les Devpacks Snap : des paquets Snap regroupant tout l’environnement nécessaire pour développer avec un framework donné.

Exemple : le devpack-for-spring comprend :

  • Spring Framework 6.1 et 6.2,
  • Spring Boot 3.3 et 3.4,
  • Des outils comme les linters, formatters, testeurs unitaires,
  • Et une documentation embarquée.

Les Devpacks ont plusieurs avantages :

  • Indépendants du cycle de sortie Ubuntu,
  • Toujours à jour avec les dernières versions stables,
  • Isolés des paquets système (pas de conflits avec d’autres projets),
  • Parfaits pour les développeurs travaillant sur plusieurs projets avec des dépendances différentes.

Canonical prévoit d’étendre cette approche à d’autres stacks populaires : Node.js, Django, Flutter, .NET MAUI, etc.

Améliorations côté système pour le développement

Ubuntu 25.04 améliore aussi les composants système utilisés par les développeurs et les administrateurs :

  • APT 3.0 : nouveau solveur de dépendances, meilleure gestion des conflits, suppression de apt-key, intégration d’un pager automatique.
  • Netplan 1.1.2 : configuration réseau plus souple, support des politiques de routage et de WPA-PSK-SHA256.
  • Systemd 257.4 : dépréciation des scripts init System V, suppression du support utmp, préparation à l’abandon de cgroup v1.
  • Cloud-init 25.1.1 : meilleure personnalisation des machines cloud, intégration avec LXD, VMware, OpenStack, Azure.

Sécurité, entreprise et souveraineté : Ubuntu monte en puissance

Même si Ubuntu 25.04 est une version intermédiaire à court support, Canonical y introduit de nombreuses fonctionnalités conçues pour les environnements professionnels, institutionnels ou critiques, en renforçant à la fois la sécurité du système, son intégration aux infrastructures d’entreprise, et sa capacité à gérer des exigences de conformité toujours plus complexes.

AppArmor : un confinement renforcé par défaut

Canonical continue de miser sur AppArmor comme mécanisme de sécurité principal. Dans Ubuntu 25.04 :

  • De nouveaux profils de confinement ont été ajoutés, notamment pour des composants système critiques et certaines applications Snap.
  • Les profils existants ont été renforcés, avec un travail spécifique sur la médiation des espaces de noms utilisateur (user namespaces), une source d’exploitation fréquente.
  • Le support des namespaces restreints est activé par défaut pour mieux compartimenter les processus.

Ce confinement plus strict contribue à limiter la surface d’attaque et à isoler les applications entre elles, sans pour autant entraver leur fonctionnement dans les cas d’usage standard.

Confidential Computing sur site : Ubuntu dépasse le cloud

Ubuntu 25.04 étend sa prise en charge du Confidential Computing, qui permet de chiffrer l’intégralité de la mémoire vive d’une machine, protégeant ainsi les données même contre un accès physique ou des attaques par canal auxiliaire.

Points clés :

  • Support de SEV-SNP d’AMD, la technologie de mémoire confidentielle pour les machines virtuelles.
  • Fonctionne non seulement dans le cloud (AWS, Azure, GCP) mais aussi en déploiement sur site, grâce au support dans QEMU 9.2.
  • Les machines virtuelles Ubuntu peuvent désormais être intégralement chiffrées en RAM sur des hyperviseurs compatibles.

C’est une avancée majeure pour les secteurs traitant des données sensibles : santé, finance, défense, etc.

Authentification cloud : interopérabilité étendue

Ubuntu 25.04 améliore le service authd, responsable de l’intégration des identités cloud :

  • Support complet de Google Workspace / Google Cloud Identity.
  • Intégration native de Microsoft Entra ID (ex-Azure AD).
  • Compatibilité élargie avec les protocoles OIDC (OpenID Connect).
  • Nouvelle documentation centralisée pour le déploiement d’Ubuntu dans des environnements hybrides (on-premises + cloud).

Ces fonctionnalités facilitent l’authentification des utilisateurs et des machines dans les grands réseaux d’entreprise, sans devoir recourir à des outils tiers lourds ou propriétaires.

Active Directory, politique de groupe et certificats

Le client ADSys (Ubuntu Active Directory System) gagne en maturité :

  • Prise en charge des dernières versions de Polkit.
  • Améliorations sur l’enrôlement automatique dans les domaines AD.
  • Intégration avec les GPO (Group Policy Objects) Windows.
  • Gestion automatisée de la distribution de certificats (via les services AD) vers les postes Ubuntu.

Ubuntu devient ainsi un poste de travail parfaitement intégrable dans un environnement Windows Server, sans compromis sur l’administration centralisée.

Sécurité du temps, crypto et conformité

Ubuntu 25.04 intègre également :

  • Chrony + NTS activé par défaut : les échanges NTP sont chiffrés et authentifiés, évitant les attaques par falsification de l’heure.
  • OpenSSL 3.4.1 et GnuTLS 3.8.9 : bibliothèques cryptographiques à jour avec les meilleures pratiques actuelles.
  • Introduction de l’outil crypto-config : permet d’appliquer un profil cryptographique système (FIPS, Interopérabilité, Sécurité maximale, etc.), utile pour répondre à des exigences réglementaires.

Ces mesures renforcent Ubuntu comme système apte à répondre aux exigences de cybersécurité, conformité (RGPD, ISO/IEC 27001, etc.) et souveraineté numérique.

Mise à niveau vers Ubuntu 25.04 : conseils, prérequis et limites

Si Ubuntu 25.04 propose une riche palette d’innovations, son adoption doit se faire en connaissance de cause, surtout pour les utilisateurs venant d’une version LTS ou disposant d’un système complexe. Voici les éléments essentiels à garder en tête avant de se lancer.

Chemins de mise à niveau officiellement supportés

Canonical ne permet pas une mise à niveau directe depuis n’importe quelle version :

  • Seule la mise à niveau depuis Ubuntu 24.10 « Oracular Oriole » est officiellement supportée.
  • Pour les utilisateurs de Ubuntu 24.04 LTS, une mise à niveau en deux étapes (24.04 → 24.10 → 25.04) est possible mais déconseillée, car elle demande du temps, de la prudence, et pourrait poser des problèmes de compatibilité avec des PPA ou des configurations système spécifiques.

Recommandations pratiques

Avant toute mise à niveau :

  • Sauvegardez vos données importantes (documents, configurations, base de données, etc.).
  • Désactivez ou supprimez temporairement les PPA tiers et logiciels installés hors dépôts.
  • Vérifiez que votre système actuel est entièrement à jour (sudo apt update && sudo apt upgrade).
  • Lisez les notes de version d’Ubuntu 25.04 pour connaître les éventuelles incompatibilités matérielles ou bugs résiduels.
  • Vérifiez l’espace disque disponible, en particulier sur / et /boot.

Mise à niveau en mode graphique :

  • Via le Gestionnaire de mises à jour (update-manager), une fois la « porte de mise à niveau » (upgrade gate) ouverte par Canonical.

Mise à niveau en ligne de commande :

sudo apt update && sudo apt install ubuntu-release-upgrader-core
sudo do-release-upgrade

Astuce : l’option -d permet de forcer la mise à niveau avant l’annonce officielle, mais elle est réservée aux testeurs avertis.

Problèmes rencontrés et résolus

Ubuntu 25.04 a été globalement stable à la sortie, mais quelques problèmes connus ont été documentés :

  • Bug d’affichage du curseur trop petit après la mise à niveau : corrigé rapidement via Mutter.
  • Le Snap Store ne listait plus les paquets .deb : résolu par une mise à jour.
  • Absence de prise en charge de l’accélération vidéo après mise à niveau : nécessite parfois d’installer manuellement mesa-va-drivers.
  • Problèmes récurrents avec les thèmes de curseurs Snap, encore non totalement réglés.

La réactivité de la communauté et de Canonical a permis de résoudre rapidement les principaux obstacles.

Conclusion : Ubuntu 25.04, version STR exemplaire et tremplin vers l’avenir

Ubuntu 25.04 « Plucky Puffin » s’impose comme l’une des STR les plus abouties jamais proposées par Canonical. Plus qu’un jalon technique, c’est une version qui concentre innovations de fond et raffinements d’usage.

À recommander pour :

  • Les développeurs et utilisateurs expérimentés souhaitant tester les dernières technologies (Dracut, GNOME 48, HDR, Devpacks…),
  • Les possesseurs de matériel récent (GPU Intel Arc, PC ARM Snapdragon…),
  • Les contributeurs souhaitant aider à stabiliser la prochaine LTS,
  • Les entreprises ou institutions en phase d’étude de migration.

À éviter (ou à tester avec prudence) pour :

  • Les environnements critiques en production,
  • Les utilisateurs dépendant de certains pilotes ou logiciels propriétaires instables sous Wayland,
  • Ceux qui n’envisagent pas de mise à jour d’ici janvier 2026.

Ubuntu 25.04 est un Macareux Courageux en effet : curieux, rapide, volontaire, et prêt à braver l’inconnu. Pour qui aime le libre, l’innovation et l’aventure, il ne fait aucun doute : cette version vaut le détour.

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